Le vignoble français face au réchauffement climatique

 

 

En cet fin d’hiver rude, certains sceptiques (oui, il en existe encore) s’interrogent encore sur les effets du réchauffement climatique. Quoi de mieux que l’étude des conséquences de ce phénomène sur le vignoble français pour convaincre chacun de son importance ?

Si certaines régions apparaissent plus touchées que d’autres, c’est l’ensemble du vignoble français qui se voit influencer par le réchauffement climatique. Les dates des vendanges en attestent elles-mêmes : Fin août en Bourgogne, en Alsace, à Bordeaux en 2017. En 100 ans, les dates des vendanges ont avancé d’un mois. La chaleur estivale est la cause de cette maturation précoce des baies, poussant le vigneron à vendanger plus tôt pour éviter que sa récolte ne se perde.

Ce réchauffement estival peut être bénéfique à certains cépages comme le Cabernet Sauvignon, le Cabernet Franc ou le Mourvèdre qui perdent ainsi leurs arômes végétaux, ou à certaines régions comme la Champagne dont les raisins perdent un peu en acidité mais gagnent en sucre et arômes. Il est surtout néfaste à la majorité du territoire et des cépages. La chaleur excessive entraine un déséquilibre dans la composition des raisins et modifie les caractéristiques des cépages. La sécheresse qui l’accompagne conduit la vigne à un état de stress hydrique entrainant une baisse du rendement, une limitation de la photosynthèse et un blocage de la maturation des baies.

Les vignerons du Sud-Est de la France se voient alors dans la nécessité d’irriguer leurs plantations pour ne pas perdre leur récolte. Mais le manque d’eau est général et les domaines proches du canal du Midi ou de plans d’eau qui ne seraient pas encore asséchés sont alors privilégiés.

Mais l’irrigation n’est pas une solution à long terme. La profession doit alors trouver des solutions. Le CIVB a obtenu l’autorisation de l’INAO pour réaliser des tests sur des cépages alternatifs pouvant compenser les difficultés du Merlot, particulièrement sensible à cette variation climatique. Des cépages portugais sont donc plantés dans les Graves.

D’autres, tel la maison de Champagne Taittinger, réfléchissent au problème à long terme. La maison Taittinger a en effet fait l’acquisition en 2015 d’un quarantaine d’hectares dans le Kent, au Sud-Est de Londres afin d’y planter du Pinot Noir qui servira à l’élaboration d’un sparkling… méthode champenoise bien sûr ! Les Champenois font ainsi le pari de s’implanter dès maintenant dans ce qui sera les nouvelles régions viticoles de demain. En effet, 1°C de variation des températures entraine un décalage climatique de 200 km au Nord. A ce rythme, en 2060, Colmar en Alsace aura le même climat que Montpellier actuellement. Voilà qui fait chaud dans le dos…